
Observatoire du coût de l’IA en entreprise
Najar publie son Observatoire des investissements IA des entreprises, réalisé à partir des données anonymisées de plus de 250 entreprises européennes issues notamment des secteurs de la technologie, de la distribution et du capital-investissement.
La dépense IA se diffuse désormais dans toute la pile logicielle de l’entreprise : certains outils sont souscrits directement par les équipes, d’autres sont intégrés aux renouvellements SaaS, tandis que la consommation au token, aux crédits ou aux requêtes introduit une part variable difficile à anticiper. S’ajoutent ensuite des doublons entre outils, lorsque plusieurs équipes paient des solutions qui couvrent les mêmes usages.
Pour les directions financières, achats et IT, l’enjeu n’est donc plus seulement d’encadrer l’adoption de nouveaux outils IA, mais d’en avoir une vision consolidée en termes de dépenses.
La quasi-totalité des usages IA échappe au contrôle des entreprises et à leurs circuits d’achats classiques
Les outils d’IA spécialisés sont souvent adoptés directement par les collaborateurs, sans passer par les circuits de validation traditionnels. Le risque de shadow IT est particulièrement présent avec ces outils qui peuvent être testés en ligne en quelques minutes et souscrits par carte bancaire.
Ainsi, 93% des usages IA en entreprise ne s’accompagnent d’aucun contrat formel. Cette adoption est par ailleurs très concentrée : ChatGPT, Cursor et Claude représentent 95% des outils IA spécialisés détectés dans le shadow IT.
Pour les entreprises, le risque est double. D’un côté, les dépenses progressent en dehors de toute négociation contractuelle, sans négociation de prix. De l’autre, ces usages échappent aussi aux politiques de sécurité, de conformité et de protection des données.
Une hausse de la facture IA en partie invisible, directement intégrée dans les renouvellements logiciels
Les dépenses IA ne se limitent pas aux outils spécialisés et l’écart entre les prévisions et le coût final est souvent considérable.
Ces coûts cachés proviennent en partie des outils dits « AI-enabled ». Il s’agit de produits SaaS traditionnels (CRM, outils de gestion de projet, suites de communication, etc.) qui ont ajouté une couche d’IA à leur offre existante. Le coût de l’IA est alors intégré à l’abonnement que l’entreprise paie déjà, le plus souvent au moment du renouvellement, sans toujours apparaître comme une hausse explicitement liée à l’IA.
Cette tendance se traduit déjà par une hausse moyenne du prix des renouvellements SaaS, passée de +11,5 % en 2024 à +16 % en 2025, et évaluée jusqu’à +25 % en 2026.
Pourtant, ces fonctionnalités coûteuses pour l’entreprise sont encore très peu utilisées. À titre d’exemple, HubSpot Breeze AI affiche un taux d’activation de 2,4 %, Zendesk AI Copilot de 2 % et Agentforce, l’offre IA de Salesforce, de 10,6 %.
« Pour les directions achats, financières et IT, l’IA impose un changement de paradigme. Là où les dépenses logicielles étaient historiquement pilotées par abonnement ou par renouvellement annuel, elles deviennent désormais plus diffuses et parfois plus difficiles à rattacher à un contrat clairement identifié. Ce manque de visibilité a un impact financier direct : il réduit la capacité des entreprises à négocier, à anticiper leurs budgets et à identifier les dépenses redondantes avant qu’elles ne soient figées dans un nouveau cycle contractuel. » explique Vincent Coste, CEO et fondateur de Najar.
Des fonctionnalités IA redondantes dans plusieurs outils qui alourdissent fortement la facture des entreprises
La dépense IA est mal coordonnée entre différents départements d’une même entreprise. Chacun peut adopter un outil pour répondre à un besoin précis, sans qu’une vision d’ensemble permette de vérifier si cette fonctionnalité existe déjà ailleurs dans l’organisation.
Najar observe une accumulation de solutions IA dont les usages se recoupent (rédaction, génération de contenu, assistance au code, CRM, gestion de projet ou prise de notes, etc.) et créent des redondances coûteuses. Plusieurs chiffres illustrent cette redondance :
- 50% des entreprises disposant d’un outil de rédaction IA en possèdent au moins deux simultanément ; 16% en possèdent trois ou plus.
- Une entreprise de 200 personnes supprimant un outil IA de rédaction redondant peut économiser entre 15 000€ et 30 000€ par an.
- 100% des entreprises utilisant Cursor gardent aussi GitHub Copilot en parallèle
- 77% des entreprises utilisant Notion paient aussi pour l’IA déjà incluse dans Google Workspace ou Microsoft 365.
L’IA entraîne le passage d’un modèle par abonnement SaaS prévisible à un modèle de facturation variable
Au-delà des achats hors contrat, des renouvellements et des doublons, l’IA transforme la structure de coût des logiciels d’entreprise. Le modèle SaaS historique reposait principalement sur l’abonnement et le nombre d’utilisateurs. L’IA introduit une facturation indexée sur l’usage, les API, les tokens, les crédits ou les agents activés.
Une équipe qui double son utilisation de l’IA peut donc doubler sa facture, sauf plafond prévu au contrat. A effectifs constants, les mêmes organisations ont vu leurs dépenses progresser de +129 % pour OpenAI.
L’écart de prix peut être considérable selon les modèles utilisés : chez OpenAI, les tarifs observés vont de 0,05 dollar à 150 dollars par million de tokens. À cela s’ajoutent les systèmes de crédits et de packs, utilisés par des outils comme Midjourney, Cursor, ElevenLabs ou Runway. Présentés comme des enveloppes mensuelles maîtrisées, ces quotas peuvent en réalité générer des dépenses additionnelles lorsque les équipes achètent des crédits une fois leur allocation épuisée, parfois en dehors des circuits de validation traditionnels.
« Les entreprises doivent gagner en visibilité sur leurs usages IA réels si elles espèrent en maîtriser les coûts. Cela suppose de sortir d’une logique d’expérimentation dispersée pour mettre en place un véritable pilotage de la dépense IA. Il s’agit notamment d’inventorier les outils utilisés, encadrer les achats par carte bancaire, vérifier les doublons avant chaque renouvellement, exiger des plafonds de dépense sur tous les modèles facturés à l’usage et créer une ligne budgétaire IA suivie de façon centralisée. L’IA doit désormais être pilotée comme une catégorie d’achat stratégique, avec ses propres plafonds et ses propres indicateurs », conclut Vincent Coste, CEO et fondateur de Najar.

